La Python Software Foundation (PSF), pilier du développement du langage open source le plus populaire au monde, a récemment décliné une subvention fédérale américaine d’un montant conséquent, jugée contraire à ses principes d’inclusion et de diversité. Cette décision a non seulement suscité l’admiration d’une large partie de la communauté tech, mais a aussi provoqué un afflux massif de dons spontanés en soutien à la fondation. Derrière ce geste, se joue une bataille plus vaste entre l’indépendance des communautés open source et la montée des politiques conservatrices dans les institutions publiques américaines.Depuis plusieurs années, la PSF cherche à renforcer la sécurité de PyPI, le dépôt officiel des paquets Python. Avec plus de 500 000 packages et des milliards de téléchargements mensuels, PyPI est devenu une cible privilégiée pour les attaques de type supply-chain (insertion de code malveillant dans des dépendances).
La PSF élabore donc un projet ambitieux : automatiser la vérification des paquets, détecter les anomalies avant publication et réduire la dépendance à la surveillance manuelle. Pour financer cette modernisation, la fondation répond à un appel à projets de la National Science Foundation (NSF) américaine, une agence publique réputée pour soutenir des initiatives scientifiques et technologiques à fort impact.
Chronologie des évènements
La proposition de financement : 1,5 million $ pour PyPI
Au printemps 2025, la PSF soumet à la NSF une proposition budgétée à 1,5 million de dollars, centrée sur la résilience de PyPI et la sécurité de la chaîne logicielle Python.
Les premières discussions sont positives : le projet est techniquement solide, aligné avec les priorités fédérales en matière de cybersécurité. Des ingénieurs de la PSF et des mainteneurs de PyPI commencent même à planifier les premières étapes du programme, en imaginant des outils d’analyse automatisée et des audits continus.
Mais un détail administratif attire bientôt l’attention : le contrat de financement contient une clause limitant les activités de diversité, équité et inclusion (DEI) au sein de l’organisation bénéficiaire.
La découverte de la clause anti-DEI
La clause stipule que les fonds ne peuvent pas être utilisés ou mélangés avec des programmes promouvant la diversité, l’équité ou l’inclusion, et qu’aucune action institutionnelle ne doit « explicitement soutenir ou favoriser » ce type de programme. Autrement dit, accepter la subvention reviendrait pour la PSF à renoncer à une partie de ses activités DEI, ou à isoler strictement celles-ci des projets financés par la NSF.
Or, la diversité fait partie intégrante de la mission de la fondation, inscrite dans ses statuts : favoriser un écosystème ouvert à tous, indépendamment du genre, de la culture ou du niveau d’expertise.
À partir de là, le conseil d’administration de la PSF se réunit à plusieurs reprises pour évaluer les implications.
Certains membres plaident pour une approche pragmatique : accepter le financement tout en garantissant que les activités DEI continuent via d’autres ressources. D’autres estiment qu’un tel compromis enverrait un message contradictoire à la communauté.
Des discussions sont également engagées avec la NSF pour tenter d’obtenir une clarification ou une levée partielle de la restriction. Les échanges restent cordiaux, mais la clause n’est pas modifiée.
Le retrait officiel de la proposition
En octobre 2025, la PSF publie une déclaration officielle : elle retire sa proposition de financement. Dans son communiqué, la fondation déclare être « profondément déçue » mais fidèle à ses principes. Elle précise que la décision n’est pas dirigée contre la NSF, mais qu’elle refuse toute condition « incompatible avec les valeurs d’ouverture et de diversité qui définissent la communauté Python ».
Pourquoi la PSF a-t-elle rejeté la subvention ?
Au cœur de la décision se trouve la clause imposée : accepter ce financement signifiait que l’organisation devait s’abstenir de mener certains programmes de DEI. Pour une entité comme la PSF, dont la gouvernance, la communauté et les valeurs incluent la promotion de l’inclusion et de la diversité, accepter cette condition aurait été un compromis éthique ou stratégique majeur.
La PSF a expliqué qu’elle était « déçue d’être dans cette position », mais que « nous avons estimé que notre projet proposé offrirait d’innombrables progrès pour la communauté Python et open-source, protégeant des millions d’utilisateurs de PyPI » — tout en estimant que refuser les conditions était préférable.
Autrement dit, la décision n’est pas motivée uniquement par le montant ou par le projet technique, mais par l’alignement entre mission et conditions externes de financement.
Voici un extrait du billet de Loren Crary :
Nous avons été honorés lorsque, après plusieurs mois de travail, notre proposition a été recommandée pour un financement, d'autant plus que seuls 36 % des nouveaux candidats à une subvention de la NSF sont retenus dès leur première tentative. Nous avons toutefois commencé à nous inquiéter lorsque nous avons pris connaissance des conditions que nous devions accepter pour obtenir cette subvention. Ces conditions comprenaient notamment l'affirmation que « nous ne menons et ne mènerons, pendant la durée de cette aide financière, aucun programme visant à promouvoir ou à encourager la DEI (diversité, équité et inclusion) ou une idéologie discriminatoire en matière d'équité, en violation des lois fédérales anti-discrimination ».
Cette restriction s'appliquerait non seulement aux activités de sécurité directement financées par la subvention...
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